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Jeannine FARGEOT nous a quittés!

« A Jeannine,

D’aussi loin que je m’en souvienne ce qui m’a toujours frappé chez Jeannine c’est sa capacité d’écoute.  Son interlocuteur, qu’il soit dans la joie, dans la peine ou face à des difficultés, trouvait toujours, chez elle,  une oreille attentive, une oreille qu’il savait discrète.   Sa discrétion n’avait d’égal que sa modestie et sa capacité, sa détermination à résoudre  les problèmes qui lui étaient soumis ou les missions qui lui étaient confiées. Oui, Jeannine était, car il faut aujourd’hui nous résoudre à dire était, une femme issue du peuple qui toute sa vie n’a eu de cesse d’agir pour  un monde plus juste, plus humain, pour un monde solidaire et de paix, cette paix aujourd’hui mise à mal par les bombardements qui, à Gaza, tuent des hommes, des femmes et des enfants enfermés dans une prison à ciel ouvert.  Nous sommes nombreux à avoir la certitude que comme nous elle aurait crié sa révolte  face à de tels crimes,  alors  pour lui rendre un dernier hommage c’est aussi sa voix que nous ferons entendre ce soir dans les rues de Paris pour exiger la fin des bombardements et une paix juste et durable en Palestine et en Israël.

Née  à quelques pas du lieu où elle va désormais reposer auprès de Marcel qu’elle avait épousé en 1949, Jeannine aimait à rappeler que sa naissance un 24 août –jour de la saint Barthélémy qui vit en 1572 les catholiques massacrer les protestants – lui avait sans doute donné une aversion pour la guerre.  Elle ajoutait même que c’était peut être aussi la raison pour laquelle elle n’était pas croyante. Mais si elle ne croyait pas en un dieu, elle a toute sa vie  eu la conviction que les hommes étaient capables de changer le Monde. C’est ce qui fonda  l’engagement de  sa vie, celui de la militante communiste qu’elle demeura jusqu’à son dernier souffle et sa participation à tous les combats émancipateurs.

Adolescente, confrontée à la guerre qu’elle exècre elle participe à la résistance en distribuant des tracts et en transportant des armes quand son frère Georges, employé communal et  qui deviendra plus tard  secrétaire général de la mairie, devient réfractaire en se sauvant  par la fenêtre pour échapper au S.T.O.  Mais elle connaît  en 1944 sans doute son plus bel anniversaire : c’est le jour de ses 20 ans que l’armée allemande capitule  Paris est libre ! Le cauchemar de la guerre est terminé.   Elle est heureuse, la jeunesse  va participer à la reconstruction du Pays et conquérir de nouveaux droits sociaux issus du conseil national de la Résistance, ces droits aujourd’hui si mis à mal par le gouvernement et le Medef.

Jeannine a toujours été du côté  des plus humbles,  du côté de celles et de ceux  qui devaient obtenir de nouveaux droits. C’est ainsi qu’elle s’engage à l’Union des femmes Françaises dont elle deviendra en 1955 la secrétaire locale succédant à Jacqueline Chonavel  appelée à prendre d’autres responsabilités. Elle le demeurera de nombreuses années organisant réunions, activités festives, actions contre la guerre d’Algérie,  ayant en permanence le souci d’élargir  le cercle.

Si aujourd’hui la parité progresse dans toutes les élections, si les femmes peuvent décider d’avoir un enfant si elles veulent et quand elles veulent,  si elles n’ont plus besoin de l’autorisation de leur mari pour ouvrir un compte en banque, si l’autorité parentale est dorénavant partagée,  nous le devons à des femmes comme Jeannine qui n’acceptaient pas comme l’a si bien dit jean Ferrat : «  que les siècles d’infini servage pèsent encore lourd sur la terre ». Avec Louis Aragon elle avait la conviction que la femme est l’avenir de l’homme. Lui rendre hommage c’est aussi poursuivre ce combat, celui de l’égalité  dans tous les domaines de la vie qu’il s’agisse de l’égalité des salaires pourtant inscrite dans la loi mais non appliquée ou bien  encore celui contre  la violence faite aux femmes.

Toujours du côté des plus humbles comme je le soulignais tout à l’heure,  Jeannine s’engage dans le comité local du secours populaire dont elle sera la responsable  jusqu’à ce que l’affaiblissement de  ses forces la conduise à passer le relais car Jeannine ne serait jamais partie sans avoir l’assurance que les actions de solidarité pourraient se poursuivre.  Face  à l’explosion du chômage, aux difficultés grandissantes des familles,   et attentive au respect de la dignité de chacun,  Avec Josiane Bernard notre conseillère générale qui était alors adjointe au Maire en charges des affaires sociales,  elle ne ménagea pas ses efforts  pour que les associations caritatives de la ville unissent leurs forces et travaillent ensemble à la création de la boutique de la solidarité.  Aujourd’hui plus de 200 familles  viennent y faire leurs courses  tous les vendredis accueillis par des bénévoles.
Il faut ajouter à tout cela, que tant que ses forces le lui ont permis Jeannine n’aurait jamais manqué une réunion de cellule ou une assemblée de militants du parti communiste où elle donnait toujours  son opinion quelle qu’elle soit,  et n’omettait jamais  de mettre en œuvre les décisions que nous avions prises collectivement.  Enfant de cette ville dont elle a connu toutes les transformations, toutes les politiques novatrices qui y ont été menées,  je sais combien,  elle a vécu de façon douloureuse les dérives de l’ancien Maire et surtout la dernière : celle  de passer outre l’avis des communistes et de conduire une liste contre celle du front de gauche. On sait ce qu’il en est advenu Jeannine n’aura pas eu, au terme d’une vie si remplie, la satisfaction de connaître un nouveau Maire communiste, il nous appartient  dès à présent,  d’en préparer l’avenir.

Je n’oublie pas non plus que Jeannine, qui fut ma chef de service quelques mois, lorsque j’ai travaillé au service de l’enfance, avait une haute opinion de ce que doit être un service public ce qui la conduisait à encourager tous les agents à se former afin d’être toujours plus et mieux aux services des habitants

Sans me tromper, je peux  affirmer que toutes celles et tous ceux qui ont eu la chance de croiser un jour son chemin se sont enrichis à son contact. Merci Jeannine de ce que tu as apporté à toutes et tous.

Mais Jeannine  ce n’était pas seulement une femme investie dans la vie sociale, c’était aussi une mère, une grand -mère attentive, généreuse et dévouée, très complice avec ses petits enfants. Les nombreuses photos  qui décoraient sa chambre à la MAPAD en portent le témoignage  Elle avait le sens de la famille et du rassemblement familial ; alors je sais combien elle va leur manquer, combien elle leur  manque déjà.

 A vous Francis et Hélène, Claudine et Georges ses enfants,  à vous  ses petits  enfants et arrière petits enfants je tiens au nom des militants de notre parti, au nom de nos élus Laurent Jamet, Josiane Bernard, Solenne Le Bourhis  à vous présenter toutes nos condoléances,  vous assurer de notre amitié et de notre soutien.

Victor Hugo disait « seuls meurent ceux dont on ne parle pas » alors soyez en surs, dans notre ville,  Jeannine n’est pas prête à mourir. »

Jocelyne Riou

 

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